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samedi, 27 octobre 2007

Nous parlerons du pays et des sentiments

Soir, mardi 23

A la fin d'octobre 2007 je me trouve dans l'exact milieu du segment dessiné par Gustave Courbet et Jean-Jacques Henner que je ne connais pas encore - ou si peu - mais que m'en restera-t-il? J'ai déjà fait mes emplettes de souvenir aux lafayettes. La vendeuse qui m'y conseilla un sautoir pour ma femme a été dans le collège où mon père enseignait les mathématiques. Surprise des dénombrements? des géométries? Je suis las depuis longtemps des histoires de professeurs mais poursuivi. Ainsi aurai-je dû couper l'autoradio hier avant d'écouter cet écrivain qui détaillait par le menu la psychologie du cancre. Je me rassure aujourd'hui avec ce cher Louis qui considérait le bénéfice de l'institution scolaire comme une trahison; la trahison sociale de son milieu. Je crois sans savoir me l'expliquer : trahison tout court. Plus loin encore que comprendre ne pas comprendre, plus forte que la perception chère à Spinoza, je revendique ma stupidité et ne cache plus l'air qu'elle me donne devant la beauté ou devant n'importe quel questionneur.

mardi, 16 octobre 2007

Toute ressemblance

Entre les voitures du parking d'un supermarché
 je vois un homme vaquer à lui-même.

Je suis persuadé de reconnaître ce professeur d'université
en statistiques, accessoirement en langage Fortran.
Voilà deux fois que je l'observe à deux mois de distance, et
chaque fois il ne manque pas de laisser paraître qu'il compte les véhicules.
Sa vacance le rend inexistant et bientôt invisible.
Il va promptement de portière en portière,
ménage une pause erratique et réitère.
Je me dis que ce pauvre homme perd
régulièrement ici une demi-heure
pour retrouver sa voiture.
C'est le temps qu'il lui faut
pour ôter son manteau dans une auto
et retourner vaquer à ses occupations.
Entre les voitures du parking d'un supermarché
 je vois un homme vaquer à lui-même.
A bien regarder et rectification faite; ça serait plutôt un voleur. STOP
      END PROGRAM

lundi, 15 octobre 2007

Expurgation, collage

"
En soupant lentement sous une treille brune
Dont les beaux muscats blancs luisaient au clair de lune,
Tandis que pour moi seul, dans la nuit, un oiseau
Chantait vers le tilleul, je pensais à Rousseau...
"
Léo Larguier (Rêverie, extrait)

"
Je voyais palpiter sa jeune gorge blanche
Une cerise fraîche entre ses seins glissa
Quels cris ! Elle la prit, elle me la lança
Et dans le noir feuillage à l'ombre bleu et verte
Radieux, je mangeai cette cerise offerte
Dure, glissante, et lisse ainsi qu'un beau rubis
Ah ! cerise de juin, doux petit fruits exquis !
Du bouton carminé, tiède, odorant encore
Des tiédeurs, des parfums de sa gorge
"
Léo Larguier (d'après "l'idylle des Cerises" dans les Confessions)

"
Léo Larguier soldat mystique ô brancardier
Les vers du caporal plaisent au brigadier
Ce secteur 114 est-ce Arras ou peut-être
La ferme Choléra sinon le bois Le Prêtre
Ici la fraise est rouge et les lilas sont morts
La couleuvre se love en la paille où je dors
Quand s'éveille la nuit la Champagne tonnante
La nuit quand les convois traînent leur rumeur lente
À travers la Champagne où tonnent nos canons
Et les flacons ambrés
Et si nous revenons
Dieu Que de souvenirs
Je suis gai pas malade
Et comme fut Ronsard le chef d'une brigade
Agent de liaison je suis bien aguerri
J'ai l'air mâle et fier j'ai même un peu maigri
Des braves fantassins je connais les tranchées
Où les Gloires de pourpre aux créneaux attachées
Attendent que nos bleus les violent enfin
Au nez de Rosalie épouse du biffin

Êtes-vous en Argonne ou dans le Labyrinthe
Moi je ne suis pas loin de Reims la ville sainte
Je vis dans un marais au fond d'un bois touffu
Ma hutte est en roseaux et ma table est un fût
Que j'ai trouvé naguère au bord du Bras de Vesle
Le rossignol garrule et l'Amour renouvelle
Cependant que l'obus rapace en miaulant
Abat le sapin noir ou le bouleau si blanc
Mais quand reverrons-nous une femme une chambre
Quand nous reverrons-nous Mais sera-ce en septembre
Adieu Léo Larguier ça barde en ce moment
105 et 305 le beau bombardement
Je songe au mois de mars à vous à la tour Magne
Où est mon chocolat Les rats ont tout croqué
Et j'ajoute mon cher style communiqué
Duel d'artillerie à minuit en Champagne
"
Guillaume Apollinaire
(lettre d'Apollinaire à Larguier, soldats sur le front)

mardi, 09 octobre 2007

Boule de n'ai-je

Ai-je jamais aimé la vie les lendemains de l'avoir dit
hein ?

Dans mon processus personnel de création (je me pince) je connais deux jaillissements. Le linéaire expansif (aucun vers ne sera changé chronologiquement, c'est un plaisir extraordinaire, facile et rapide) et le complexe interverti (j'intervertis beaucoup les vers et leurs mots... c'est long, très fastidieux mais amusant) celui-là est de la première espèce mais cela n'arrive que très rarement. Dans tous les cas, j'arrive à me surprendre.

mercredi, 03 octobre 2007

"bohemia after dark"

                                        ô
    
                              B  O  H  E  M

                                        A

                                        G

                                        I

                                        R

                                        A 

je t'ai vu brûler dans le chant de tes désirs
mon amour tu n'attends plus sur les bords du vide
notre couche n'est plus celle de l'apatride
le lit et le foyer sont fondés qui respirent

ici nous pouvons nous asseoir et boire enfin
de cette eau que nous aimons autant que nos yeux
nous partageons l'ombre ou l'horizon sous nos cieux
comme jadis le quignon d'un pain noir la faim

voilà chère combien je sais t'écrire encore
et pour être pardonné crois bien que je t'aime
toi qui m'ouvres matin les volets de bohème

nous avons si peu fait de chemin tous les deux
qu'un beau jour nous fondions une nouvelle vie
irons-nous dans la vallée sainte en cette vie
                                        ?

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