samedi, 29 décembre 2007
"Choose Now"
Le 11 juin 1953 a été enregistré par deux fois à New York le thème "Choose Now" par le Tadd Dameron Orchestra et une autre formation presque identique variant uniquement par le batteur. Ainsi Jo Jones identifie le T.D.O. comme il a été aussi - à lui seul ? ce que Art Blakey fut aux Messengers - la signature du Count Basie Orchestra, l'autre version de "Choose Now" est jouée par Philly Joe Jones; tous les autres musiciens restent les mêmes. J'ai en ma possession ces deux versions, on pourrait penser à une confusion entre Jo Jones et Joe Jones, il n'en est rien. Ce T.D.O. joue même un thème intitulé "Philly J.J." ce même jour... Le tout figure dans l'anthologie de Clifford Brown chez pastperfect.
New York City, June 11, 1953
"Choose Now"
"Philly J.J."
Tadd Dameron Orchestra
Clifford Brown, Idreas Sulieman (t), Gigi Gryce (as), Benny Golson (ts), Oscar Estell (bar), Herb Mullins (tb), Tadd Dameron (p), Percy Heath (b), Jo Jones (d)
New York City, June 11, 1953
"Choose Now"
Clifford Brown, Idreas Sulieman (t), Oscar Estell (bar), Benny Golson (ts), Gigi Gryce (as), Herb Mullins (tb), Tadd Dameron (p), Percy Heath (b), Philly Joe Jones (d)
13:35 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature
samedi, 20 mai 2006
Le trompettiste meurt jeune
Le critique nous a laissé les causes de décès.
| âge | cause du décès | |
| Buddy Bolden | n.c. | devenu fou à 30ans |
| Bix Beiderbecke | 26 | n.c. |
| Bunny Berigan | 33 | ivre mort |
| Hot Lips Page | 46 | ivre mort |
| Bubber Miley (chez Ellington) | 29 | n.c. |
| Al Killian (chez Ellington) | 34 | massacré par un meurtrier récidiviste |
| Sonny Berman (chez Woody Herman) | 23 | explosion du cœur |
| Fats Navarro | 26 | tuberculose+drogue |
| Clifford Brown | 26 | accident de voiture |
| Booker Little | 23 | crise d'urémie |
| Joe Gordon (chez Shelly Manne) | 35 | périt dans un incendie |
| Woody Shaw | 45 | n.c. |
| Lee Morgan | 33 | abattu par une ex en plein set |
Cela nous fait treize trompettistes, seul Dizzy et Miles ont joué longtemps au regard de l'importance d'un Clifford bien sûr.
16:40 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art, Le trompettiste meurt jeune | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jazz
mercredi, 03 mai 2006
Les messagers du jazz
Art Blakey : «Le talent est une chose que l'on doit au public. Celui qui refuse de lui en faire don sera fatalement remplacé par quelqu'un qui donne son talent aux autres. Peu importe la valeur intrinsèque de l'artiste : il ne peut exister sans le public. Le talent appartient au public, il n y a pas à sortir de là.» Quand Art joue, il ne fait pas semblant de s'exprimer; il engage toute sa vie dans son jeu. À chaque fois, Art donne et le public reçoit. Lorsque le batteur assène un coup sur la caisse ou sur la cymbale pour que ce coup ait un sens, Art doit arriver à faire cohabiter en lui la folie et la raison avec art. Le pianiste Cedar Walton, membre des JAZZ MESSENGERS entre octobre 1961 et 1964, avait été frappé par une réflexion d'Art qui résume, à elle seule, toute une attitude vis-à-vis de la musique. Voici ce que dit Walton : «Je croyais depuis longtemps que l'humilité était quelque chose d'honorable, mais Art me dit: "Non, ce n'est pas vrai Cedar, tu as besoin d'être arrogant". Ce qu'il voulait dire c'est que vous devez être sûr de vous et montrer cette sureté sur scène. Et je lui répondis que Clifford Brown n'était pas arrogant et il me répondit: "Si, il l'était bon dieu!». Évoquant Dieu et le Roi Salomon, Art affirme; «Ce dont nous avons besoin, c'est la Connaissance et la Sagesse (..,) ; alors toutes les portes s'ouvriront devant nous.»
Art a confié à la fin de sa vie que ses messengers (Jazz Messengers) préférés restent le sextette avec : Freddie Hubbard (tp), Wayne Shorter (as), Curtis Fuller (tb), Cedar Walton (pno) et Jymie Merritt(b). Au fil des années, les musiciens de Jazz Messengers changeront mais le son sera toujours préservé, grâce à Art.
22:00 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jazz
jeudi, 16 février 2006
La balkanisation du jazz
Extrait de Jazz-Hot N°620, Critique de la Rétrospective Charlie Parker (40-53) Saga 982 765-6 (Universal), par Yves Sportis.
"Au sujet de Parker, à propos des articles parus dans le n° 618, nous avons reçu des courriers ou réflexions d'adhésion et de rejet. L'un de nos attentifs lecteurs (qui corrigent nos erreurs) s'est déclaré en désaccord avec la thèse de ces articles inscrivant Parker dans un continuum culturel sans rupture. «L'arrivée de Bird fut un réel choc pour beaucoup, dit-il. Un "Martien"!! N'en déplaise à sa théorie de continuité. Sa musique fut véritablement une révolution!! Sans cela pourquoi aurait-elle été à ses débuts complètement incomprise?»
Ces arguments, pour être courants, appellent quelques réflexions: est-ce parce que des Français ont été surpris par une expression qu'ils n'ont pas vu grandir et s'épanouir ou qu'ils cernaient moyennement compte tenu de l'information dont ils disposaient, et encore parce qu'ils n'en détiennent pas les clés culturelles, que les musiciens de cette expression sont des «Martiens» ? L'idée est un peu simpliste et tout simplement ethnocentrique. Le jazz s'est developpé sans penser aux Français, notre ego dut-il en souffrir. D'un autre côté, à chaque fois qu'on découvre des musiques fortes, on pourrait prétendre à une révolution qui n'en est une que du fait de son ignorance. Quand pour la première fois, on entend Armstrong aussi bien que Dizzy, Parker, Coltrane, Mingus et Django, on a le sentiment de naître à la musique. Ce n'est pas pour ça qu'il s'agit d'une révolution. Ces musiciens sont des bibliothèques et en même temps des développeurs du langage du jazz. Et ce coffret des premiers enregistrements de Parker (1940) et jusqu'à 1953 a ce mérite de montrer combien cette musique s'accommode, s'enracine dans, se nourrit de ce qui l'a précédée. Les beaux échanges avec Lester Young, et ce solo absolu de 1940 autour du «Body and Soul» du maître Parker (on parlait récemment du plaisir pris par Parker dans un enregistrement vidéo avec le grand Hawkins) en attestent.
La thèse «révolutionnaire» a servi en France à la fabrication des petits pouvoirs de chapelles désastreux pour la compréhension du jazz et son développement. Il est bien certain que lorsque l'horizon est bouché par un pape, on s'invente une nouvelle église pour avoir sa part de pouvoir, c'est vieux comme le monde. Il y a aujourd'hui les papes du free jazz comme il y a eu Panassié en son temps, puis Hodeir, etc. On en est aujourd'hui à la balkanisation, avec l'idée d'expulser les artistes de jazz de leur propre culture au nom de la énième révolution (du énième marché, pouvoir, etc.), pour dire que la dernière révolution veut que le soldat Truffaz soit moderne (il vient de recevoir une médaille) et Brad Leali un musicien du passé parce qu'il parlerait tout simplement sa langue, la langue du jazz. Voir Brad Leali en jam avec Kirk Lightsey, Santi Debriano, Darryl Hall, Mourad Benhammou comme lors de l'anniversaire de Jazz Hot pendant un set d'une rare intensité, permet de comprendre que la langue possède son génie collectif et que ceux qui la parlent n'ont besoin que d'y apporter le génie particulier de leur vécu. Cet abus du terme «révolution», c'est en fait ce qu'un psychanalyste appelle le complexe du second-premier: celui, celle il ceux qui, arrivés après, prétendent expulser les habitants des cultures de leur espace d'expression, au nom d'une pseudo-modernité révolutionnaire qui reformule y compris l'essence des cultures en tentant de garder une étiquette (le marché et le pouvoir) vidée de son contenu. C'est un processus de négation (de mémoire, de l'autre) à l'oeuvre aujourd'hui qui veut que pour s'accaparer un secteur, artistique en l'occurrence, on en expulse les créateurs en les disqualifiant au nom d'une modernité qui n'est que mode. En jazz, on appelle ça « révolution », car on situe le jazz à gauche. On a besoin aussi de dire malhonnêtement que c'est parce qu'on n'est pas raciste (sous entendu si vous n'êtes pas d'accord, vous l'êtes) que n'importe qui peut redéfinir le jazz, une manière habile de nier l'importance du vécu et de l'environnement nécessaire à l'élaboration du jazz. Pour résumer, c'est le jazz en lui même qui est une révolution, la mise en œuvre d'un art populaire universel (et pas d'un folklore) par une population marginalisée, qu'il s'agisse de Parker ou de Django. Le jazz est une révolution dans l'histoire de l'art, oui, mais pas ses composantes générationnelles entre elles, et certainement pas les décalques qui prétendent aujourd'hui le reformuler en le vidant de son sens."
Yves Sportis
18:30 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 06 février 2006
Jazz messengers
Quelques temps avant sa mort, Charlie Parker livrait à Art Blakey cette pensée : "Ecoute avec tes yeux et vois avec tes oreilles".
18:09 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
vendredi, 03 février 2006
Mais quelle histoire !?
Voici ce que Sonny Rollins pense du batteur. "A mon sens, [il] doit connaître le répertoire, l'histoire du jazz et de ses musiciens, et, dans mon cas, tout mon parcours musical. Il est celui qui peut changer la face d'un concert. Pour toutes ces raisons, j'attache une importance particulère à la batterie. Bien sûr, tous les instruments sont déterminants, mais la batterie est celui qui peut le plus influer sur mon jeu et me fournir le plus d'axes et d'assise pour me porter plus loin."(G. PACZYNSKI, TII p.197, une histoire de la batterie de jazz). L'histoire du jazz ça tout le monde connaît, enseigne; mais l'histoire d'un musicien est-elle vraiment dans un cours une méthode, un livre ?
18:00 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
samedi, 28 janvier 2006
Abdallah Ibn Buhaina
C'est le nom musulman d'Art Blakey. Dizzy explique "Quand tous [...] ont su par exemple qu'Idree Sulieman (de son nom d'origine Leonard Graham) qui venait de se faire musulman, pouvait se permettre d'entrer dans les restaurants réservés aux blancs et ramener des sandwiches aux autres parce que lui n'était plus noir, ils se mirent à se convertir par fournées. Les musiciens commencèrent à faire porter dans la case "race" de leur carte d'identité la lettre W pour White. Kenny Clarke me montra la sienne en me disant : Regarde ça, negro, je ne suis pas noir, je suis blanc." Kenny avait pour nom arabe Liaquat Ali Salaam.
21:53 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 26 janvier 2006
"Mercurey sous les roches"
Je me souviens très nettement de mon premier jour d'école. Ainsi s'explique le message d'Art. Ma mère me tient par la main et l'école entière a été faite pour moi. Je me rappelle d'une institutrice qui prédisait la réussite des élèves, "untel passera en sixème" pas lui, tant pis. J'étais malheureusement malade le jour des prédictions de cette femme, et depuis je doute encore. Il y a aussi cette cour de récréation, un symbole. Un jour en allant aux toilettes et n'ayant plus de papier je devins une énigme pour mes instituteurs. J'eus l'idée lumineuse d'aller m'essuyer les mains dans le sable du bac. Or le bac était central et tout le monde me vit. On retourna le sable et je me découvrais une âme d'intriguant. On me questionna, mais j'étais incapable d'expliquer mon acte. Dans la cour on voyait la mer et un petit ilôt tout noir depuis le cerisier des billes. Le cerisier était le repère des grands que je n'aimais pas, parmi eux je me rappelle il y avait Pierrick Pédron.
Art Blakey : "On n'explique pas l'alphabet à un enfant il croit qu'il est fait pour lui."
22:30 Publié dans 7. ChapitreV - Le message d'Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




